Entrevue : Audrey Moreau

Briceberg a rencontré Audrey, une femme de défis qui a lancé sa carrière en Communications pour finalement rejoindre le clan des quelques 10 674 médecins de famille du Québec. À un an de la fin de sa résidence à l’hôpital Charles-Lemoyne, elle partage ses perceptions sur la place des saines habitudes de vie et des services en Kinésiologie dans la pratique de médecine de famille d’aujourd’hui.

BRICEBERG : Tu as lancé ta carrière dans le domaine des Communications pour ensuite retourner sur les bancs d’école en Médecine. Qu’est-ce qui a influencé ce changement de métier? 
AUDREY : À l’entrée à l’université, j’ai beaucoup hésité entre le domaine de la santé et celui des lettres et sciences humaines. Finalement, j’ai choisi la voie des communications puisque j’étais attirée par le côté émergent et la versatilité de ce domaine. Naturellement, je me suis alors investie sur le marché du travail dans un poste en communications où je touchais à la santé. Après quelque temps, j’ai réalisé que j’avais envie de m’éloigner de mon ordinateur pour me rapprocher des gens et trouver un travail où je pourrais plus concrètement contribuer à leur bien-être. En réfléchissant à ma carrière à long terme, j’ai pris la décision de faire le grand saut car j’avais le sentiment de ne pas m’accomplir à 100% en communications et je voulais que mon emploi ait plus de sens pour moi. Malgré la discipline et les heures passées à étudier durant ces 5 années exigeantes, je réalise aujourd’hui que l’investissement en a valu la peine. J’arrive bientôt au bout du processus et j’ai hâte de lancer ma carrière en tant que médecin de famille.

BRICEBERG : Quels sont les défis personnels que toi et les futurs médecins rencontrez dans le maintien de saines habitudes de vie?
AUDREY : Je crois que les médecins ne sont pas mieux ou pires que les autres. Cela étant dit, il est vrai que les médecins représentent un groupe d’individus à risque élevé de dépression, de troubles de l’humeur et d’adoption de mauvaises habitudes de vie comme le manque de sommeil ou la consommation en raison du stress associé au travail. Il est donc essentiel que les médecins soient eux aussi sensibilisés à ces risques tout en faisant preuve d’observation pour rester à l’affût de ce que vivent leurs collègues. Pour ma part, la clé de mon maintien en forme est surtout le transport actif, je vais travailler à vélo aussi souvent que possible. Pour bien concilier ma résidence et mon temps personnel, j’ai fait une croix sur les sports d’équipe entre amis car mon horaire trop variable ne me permet pas de faire des activités de groupe. C’est pourquoi je me suis tournée vers des activités individuelles comme l’escalade, la bicyclette et la course.

BRICEBERG : Quelle est la place donnée à la prévention par les saines habitudes de vie au cours des études en Médecine?
AUDREY : La prévention est fondamentale aux études en Médecine de famille. À l’université de Sherbrooke, nous avons un cours qui s’échelonne tout au long de notre formation et qui porte essentiellement sur les habitudes de vie comme le sommeil, l’activité physique, la nutrition. La majeure partie des maladies chroniques sont causées par l’adoption de mauvaises habitudes de vie. La médecine de famille est probablement la spécialité où, grâce à la relation privilégiée que nous entretenons avec nos patients, nos efforts de prévention peuvent avoir le plus d’impact. Dans notre pratique, nous misons sur la sensibilisation et sur la promotion de saines habitudes de vie et cela fait partie intégrante de nos recommandations de base à tous les jours.

BRICEBERG : Quels sont les défis rencontrés pour encourager les patients à maintenir des comportements santé sur le long terme?
AUDREY : Bien que la sensibilisation occupe une grande place dans nos rendez-vous avec nos patients, lorsqu’ils quittent notre bureau, la prise en charge est plus difficile. Pour plusieurs, il faut un accompagnement dans le moyen-long terme, à l’extérieur de nos bureaux. Pour assurer cette prise en charge, je réfère les patients à des ressources et professionnels qualifiés comme le nutritionniste ou le kinésiologue, et je remplis des consultations selon les besoins du patient. Évidemment, pour que nos conseils et nos interventions portent fruit, il faut que le patient démontre un intérêt et soit dans un stade du changement favorable à la modification d’une habitude de vie.

BRICEBERG : Comment perçois-tu la collaboration professionnelle entre le médecin et le kinésiologue?
AUDREY : Je pense que c’est une collaboration à développer et à faire grandir. Les services du kinésiologue sont encore méconnus dans le domaine de la Médecine. Bien sûr, on en entend de plus en plus parler, mais l’offre de service élargie du kinésiologue n’est pas connue ou mal comprise. Par exemple, nous savons que les kinésiologues sont outillés pour accompagner des patients dans un processus de mise en forme mais il y a beaucoup de sensibilisation à faire pour comprendre ce qu’ils peuvent faire pour des patients atteints de conditions aigues ou souffrant de maladies chroniques. De plus, il faut que la Fédération des kinésiologues du Québec continue de collaborer avec les compagnies d’assurance pour obtenir des ententes pour les remboursements des services de Kinésiologie afin de faciliter le référencement des patients aux kinésiologues du réseau. Souvent, ce n’est pas remboursé, ce qui influence directement l’accès aux services.

BRICEBERG : Quelle serait donc la place de la Kinésiologie dans le traitement des maladies plutôt qu’en prévention?
AUDREY : Le kinésiologue est amené à jouer un rôle essentiel dans le traitement de nombreuses maladies. On peut penser à toutes les personnes avec des limitations cardiovasculaires ou des douleurs chroniques, les patients touchés par les troubles de l’humeur, ceux souffrant de douleurs lombaires chroniques ou d’arthrite. Pour toutes ces conditions, l’activité physique joue un rôle central dans l’amélioration de la qualité de vie, voire de la guérison. Les kinésiologues auraient une importante place à prendre et vu l’augmentation attendue de ces maladies, les besoins seront exponentiels au cours des prochaines décennies.

BRICEBERG : Quel conseil donnerais-tu à un kinésiologue pour établir plus de partenariats avec des médecins?
AUDREY : Je lui conseillerais de se faire connaître en approchant des cliniques ou des regroupements de médecins. Dans de nombreuses cliniques, les médecins ont des séances d’information et d’enseignement continu à toutes les semaines. Un kinésiologue qui voudrait se faire connaître pourrait contacter ces cliniques et demander à participer à une séance pour expliquer son champ d’expertise, présenter ses services ainsi que créer des partenariats.

BRICEBERG : Que penses-tu des cubes d’énergie et de la possibilité d’en prescrire pour encourager la pratique d’activité physique des québécois?
AUDREY : C’est une belle initiative qui peut être utilisée lorsque cette approche correspond au profil et aux besoins du patient. Je me sers des cubes d’énergie dans mon discours pour renforcer la perception positive du rôle que joue l’activité physique dans la santé de chaque individu. À titre d’exemple, je peux affirmer que désormais, « l’exercice peut être prescrit au même titre qu’un médicament et que c’est un outil ayant un impact majeur sur votre santé ».

BRICEBERG : Où te vois-tu à la fin de tes années de résidence et à moyen terme?
AUDREY : C’est une bonne question car il est certain que l’avenir de la médecine en pratique familiale est chamboulé par les changements récents dans le système de santé ainsi que par le contexte politique actuel. J’ai des intérêts assez variés mais je voudrai certainement suivre mes propres patients et faire de la prise en charge en bureau. Comme médecin de famille, nous avions auparavant la possibilité de réaliser des activités professionnelles supplémentaires en milieu hospitalier, ce qui devient malheureusement de plus en plus difficile. C’est une opportunité extrêmement motivante qui permet au médecin de se créer un petit champ d’expertise plus pointu dans ses domaines d’intérêts. À cet effet, si cette possibilité m’est toujours offerte à la fin de ma résidence, je serais intéressée par la pratique en soins palliatifs et en obstétrique.

Audrey vous invite à joindre son réseau de relations sur LinkedIn. Pour créer des opportunités de collaboration avec les médecins, consultez le site du Collège des médecins du Québec.