Entrevue : Jasmine Trudel

Jasmine brille par son fort désir de rendre accessible un mode de vie sain et actif pour tous. Au cours des dernières années, elle a œuvré comme chef de projet chez ÉquiLibre, un organisme québécois à but non lucratif qui vient en aide aux personnes préoccupées par leur poids. Mariant Service social et Kinésiologie, elle nous parle de saine gestion du poids et d’image corporelle.

BRICEBERG : Jasmine, décris-nous brièvement tes derniers mandats en tant que chef de projet chez ÉquiLibre.
JASMINE : Mon mandat premier était de faire la mise à jour du programme de formations continues et de créer un portail de formation en ligne pour diversifier l’approche pédagogique qui s’offrait uniquement en classe auparavant. J’ai été responsable du développement et de l’animation des formations auprès de professionnels de la santé et de divers intervenants. Ces derniers ont un rôle important à jouer auprès de la population et doivent être sensibilisés et bien outillés afin de promouvoir la santé dans une optique de saine gestion du poids et de diversité corporelle. Ensuite, j’ai coordonné la mise sur pied de l’espace Web monÉquilibre, un site grand public qui livre de l’information crédible sur la gestion du poids et l’image corporelle. Je suis très fière puisque nous avons réussi à recruter de nombreux experts de différents domaines, dont des kinésiologues, qui collaborent sur la plateforme.

BRICEBERG : Tu as donc eu la chance de collaborer à plusieurs projets?
JASMINE : Oui. Par la suite, j’ai mené un projet qui avait pour but d’accompagner les éducateurs physiques enseignants, du primaire au collégial, à promouvoir une image corporelle positive chez les jeunes dans le cadre de leurs cours. Grâce au soutien et à l’appui financier de Québec en Forme, nous avons mis sur pied un comité de travail composé de nombreux partenaires tels que la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec (FÉÉPEQ), des chercheurs de différentes universités, des conseillers pédagogiques et enseignants qui ont contribué avec ÉquiLibre au développement d’un sondage¹ et à la publication d’un guide².

BRICEBERG : Peux-tu nommer une initiative de saine gestion du poids à laquelle tu as contribué et dont tu es particulièrement fière?
JASMINE : Difficile de choisir, car je suis fière de tous les projets auxquels j’ai contribué. Disons que le dernier projet auprès des éducateurs physiques m’a particulièrement plu, car il représentait beaucoup de défis. Je suis extrêmement fière de la publication du guide qui propose 5 pistes d’action pour favoriser une image corporelle positive comme celle d’encourager la pratique d’activités physiques pour le plaisir et le bien-être sans miser sur l’apparence. Ce guide traite, entres autres, des enjeux soulevés dans la pétition actuelle sur l’interdiction de la pesée dans les écoles. Nous abordons l’importance de considérer les risques potentiels de l’utilisation des mesures anthropométriques dans le cadre des cours d’éducation physique et à la santé.

BRICEBERG : Est-ce que la création de ce guide et la collaboration nécessaire avec un grand nombre d’intervenants ont engendré des défis?
JASMINE : Oui. L’un des défis que nous avons rencontré était de joindre les éducateurs physiques enseignants qui passent beaucoup de temps sur le terrain avec les jeunes. Au final, ils sont plus de 700 à avoir répondu au sondage Web. Plusieurs enseignants ont aussi contribué à l’édition du guide et des outils pédagogiques. Leur participation, leur rétroaction ainsi que leurs commentaires constructifs ont été déterminants pour le succès du projet. Nous continuons d’encourager les intervenants à partager et échanger sur leur pratique via le site de la communauté PEP. Au-delà des résultats, je suis très heureuse de la façon dont nous avons mené le projet, car nous avons fait le choix de miser sur une approche collaborative. Nous avons donc travaillé fort afin de bâtir des relations de confiance auprès des partenaires pour ensuite élaborer une vision commune du projet et des objectifs, effectuer une collecte de données et faire de la sensibilisation.

BRICEBERG : Qu’est-ce que ton travail t’apporte personnellement?
JASMINE : Outre le fait que j’ai eu la chance de mener des mandats très variés et passionnants, j’ai pu développer chez ÉquiLibre de nombreuses compétences comme mon leadership, ma capacité à mobiliser des partenaires, mes aptitudes en résolution de problème ainsi que ma créativité. C’était super enrichissant de travailler au sein d’une équipe aussi compétente que celle d’ÉquiLibre qui comprend des personnes engagées qui ont, tout comme moi, le désir d’améliorer les pratiques. Il est très important pour moi que mon travail m’apporte la satisfaction d’être une actrice de changement au quotidien et une ambassadrice d’un mode de vie sain et actif tant auprès de la population qu’auprès des intervenants que je côtoie.

BRICEBERG : Au-delà des régimes et de l’épidémie de sédentarité, que signifie une saine gestion du poids en 2016?
JASMINE : En des mots très simples, je crois que c’est d’arrêter de constamment « focusser » sur le poids. Il faut plutôt miser sur le plaisir, l’équilibre et la santé. Plutôt que d’être en quête du corps parfait ou du poids idéal, on peut adopter de saines habitudes de vie dans le but d’être bien dans sa peau et de prendre soin de soi.  Plusieurs campagnes ont été développées par ÉquiLibre pour parler de la saine gestion du poids. Il y a par exemple la Journée internationale sans diète soutenue par le Ministère de la santé ainsi que La semaine, « Le poids? Sans commentaire! » qui vise à sensibiliser la population à l’omniprésence des commentaires sur le poids.

BRICEBERG : Puisque tu as travaillé directement dans un domaine qui touche la problématique du poids, quel lien fais-tu entre l’activité physique et le poids?
JASMINE : Je crois que ça peut aller dans deux sens. D’une part, l’image corporelle peut être une clé positive de changement, puisque si j’ai une perception positive de mon corps, j’aurai envie d’en prendre soin en étant actif ou en adoptant de saines habitudes alimentaires. À l’inverse, si je perçois mon corps de façon négative et que je désire le changer à tout prix, je n’aurai certainement pas une attitude bienveillante envers moi-même. C’est à ce moment que l’on devient très à risque d’adopter toutes sortes de comportements et d’attitudes néfastes pour sa santé physique et mentale. En somme, ne pas aimer son corps, c’est à mon avis un obstacle à adopter un mode de vie sain et actif à long terme.

BRICEBERG : Est-ce que des intervenants comme le kinésiologue doivent adapter leurs interventions en gestion du poids en fonction des hommes ou des femmes?
JASMINE : Oui, en partie. À cet effet, nous tentons généralement de rejoindre les hommes par des messages différents que ceux des femmes et nous encourageons davantage le passage à l’action et l’expérimentation. Cela dit, le kinésiologue est un professionnel d’influence important auprès de la population, homme ou femme, et je crois que les professionnels de la santé ont la responsabilité de valoriser le plaisir de bouger pour tous et de prôner la diversité corporelle. Autant pour les hommes que pour les femmes, il est essentiel de mettre de côté les standards irréalistes qui visent uniquement l’atteinte d’un corps considéré comme « top shape ».

BRICEBERG : En plus de ton baccalauréat en Kinésiologie, tu détiens une maîtrise en Service social et tu es membre de l’OTSTCFQ. Quels aspects positifs cela apporte-t-il à ta pratique?  
JASMINE : Pour moi, c’est le mariage parfait puisque je suis passionnée par tout ce qui touche l’humain et la santé. La combinaison de ces deux professions me permet d’avoir une vision plus globale des déterminants de la santé et une meilleure compréhension des facteurs qui influencent les habitudes de vie et les changements de comportements. Le travail social a élargi mes horizons et m’a aidé à être plus consciente des enjeux de société qui sont touchés par la santé physique et mentale ainsi que par les inégalités sociales. D’un autre côté, mon bagage terrain en Kinésiologie et en intervention individuelle et de groupe m’ont apporté beaucoup de crédibilité et d’expérience comme chef de projet. Bien que ce soit deux domaines qui peuvent sembler différents, la Kinésiologie et le Travail social touchent à un être humain en action dans un contexte social.

BRICEBERG : Que conseillerais-tu à un kinésiologue ou à un professionnel qui souhaiterait se spécialiser dans le domaine de la gestion du poids?  
JASMINE : Du point de vue des compétences, je conseillerais aux kinésiologues d’approfondir leurs connaissances sur la saine gestion du poids et la diversité corporelle en participant à des formations continues.  ÉquiLibre est réellement une référence dans ce domaine et offre des formations variées pour répondre aux besoins des intervenants de différents milieux. À l’occasion, les Journées annuelles de santé publique et le congrès de la Fédération des kinésiologues du Québec proposent également  des conférences où les questions du poids et de l’image corporelle sont abordées. Par ailleurs, le kinésiologue peut enrichir sa pratique par de petits gestes simples comme se distancer de la prise de mesures liées au poids. Parfois, mesurer le poids, les plis adipeux, le pourcentage de gras ou le tour de taille peut inciter les gens à développer une relation négative avec l’activité physique et encourager le focus sur la balance et les mesures plutôt que sur une démarche de changement d’habitude de vie à long terme.

1. Le rapport intitulé Poids et image corporelle chez les jeunes : mieux comprendre la réalité et les besoins des enseignants en éducation physique du Québec.

2. Le Guide : 5 pistes d’action pour favoriser une image corporelle positive dans le cadre du cours d’éducation physique et à la santé

Questions en rafale

BRICEBERG : Une initiative que tu aimerais partager?
JASMINE : J’adore le projet Fillactive! C’est une fondation qui aide les filles de 12 à 17 ans à bouger pour le plaisir, dans un contexte valorisant. C’est très impressionnant, car depuis 2007, leur équipe a sensibilisé plus de 110 000 adolescentes!

BRICEBERG : Ce qui te motive à être active régulièrement ?
JASMINE : Bouger au quotidien est la clé de mon équilibre. Ça me permet d’être bien dans ma peau tant physiquement que mentalement. En tant que maman de deux jeunes enfants, je trouve ça vraiment trippant d’être actifs en famille, mais c’est aussi essentiel de prendre du temps pour bouger juste pour moi.

BRICEBERG : Une formation qui a changé ta perspective des choses?
JASMINE : Certainement la formation pour animer le programme Choisir de Maigrir.  Cette formation m’a vraiment permise d’adopter une approche d’intervention non-directive misant sur l’empowerment de la personne.

BRICEBERG : Qu’est-ce qu’on peut faire aujourd’hui pour soutenir la cause d’ÉquiLibre?
JASMINE: Participer activement aux différentes campagnes de sensibilisation qui ont lieu tout au long de l’année, adhérer à la page Facebook, devenir membre et faire connaître la mission d’ÉquiLibre.

BRICEBERG vous invite à faire un pas de plus vers la prévention des problèmes reliés au poids et à l’image corporelle en visitant le site web d’ÉquiLibre. Inscrivez-vous à une formation ou une conférence grand public, devenez membre ou téléchargez des outils pour améliorer votre pratique.

Envie d’échanger avec une travailleuse sociale et kinésiologue passionnée par sa mission, à la fois personnelle et professionnelle? Jasmine peut être contactée à son adresse courriel jasmine_trudel@hotmail.com. Ayant tout récemment terminé ses divers mandats pour ÉquiLibre, elle est présentement à la recherche de nouveaux défis dans le domaine de la promotion de la santé.