Entrevue : Mathieu Girard

Basé à Rougemont au coeur de la Montérégie, Mathieu se démarque chez Lassonde depuis 2010 à titre de coordonnateur santé et sécurité au travail. Bachelier en Kinésiologie, il détient un certificat en santé et sécurité et son défi personnel : zéro accident partout au Canada. Parcourez son entrevue au cours de laquelle il nous partage une parcelle de son quotidien et nous révèle son leadership évident.

BRICEBERG : Tu travailles chez Lassonde à titre de coordonnateur santé et sécurité au travail. À quoi ressemble une semaine de travail dans ton poste?
MATHIEU : Mes tâches sont principalement divisées en trois volets, soit la santé et la sécurité, la gestion de la présence au travail, qui inclut la gestion des accidents de travail et de l’absentéisme, ainsi que la santé et le mieux-être des employés. J’accomplis la majorité de mes tâches à partir du site situé à Rougemont, mais je m’occupe également de diriger les comités santé et sécurité des usines dans le reste du Québec. Ces comités paritaires sont composés des directeurs d’usine, du superviseur de la maintenance et d’employés engagés à faire de la santé et la sécurité de leur milieu de travail une priorité. Je suis donc responsable d’effectuer le suivi des processus initiés au sein de ces comités, d’assurer l’avancement des améliorations et bien sûr, de superviser le maintien des lignes directrices et des standards de sécurité à travers le pays.

BRICEBERG : Les établissements de Lassonde à Rougemont sont certifiés Entreprises en santé – Elite. En quoi consiste le programme de prévention auxquels les employés ont accès?
MATHIEU : La direction et l’équipe des ressources humaines de Lassonde croient et misent sur la santé et la sécurité des travailleurs et c’est pourquoi nous sommes certifiés Elite par le Bureau de Normalisation du Québec (BNQ). Afin de respecter la norme, nous implantons des interventions qui touchent les habitudes de vie, la conciliation travail-vie personnelle, l’environnement de travail et les pratiques de gestion. Nous offrons également aux employés de Lassonde des évaluations ergonomiques des postes de travail, des consultations individuelles et l’accès à des installations de conditionnement physique sur rendez-vous. Un comité santé et mieux-être coordonné par une kinésiologue s’assure d’organiser et de promouvoir les interventions. Les activités ont été très nombreuses au fil des ans mais quelques exemples incluent un programme de cessation tabagique, la prévention des troubles de sommeil, l’ajout de produits et aliments santé à la cafétéria ainsi que le programme de préparation en famille au marathon OASIS de Montréal.

BRICEBERG : Comment intégrez-vous les aspects santé et sécurité aux pratiques de gestion?
MATHIEU: L’une des pratiques préconisée est la reconnaissance. Pour favoriser cet aspect primordial du travail de chacun, nous avons élaboré des programmes de présence au travail et de santé et sécurité. À travers ces programmes, les gestionnaires valorisent l’assiduité au travail des employés ainsi que le respect des mesures de sécurité appliquées par l’ensemble des travailleurs.

BRICEBERG : Quels sont les défis que tu rencontres dans ton travail?
MATHIEU : Malgré une excellente adhésion et une ouverture de la part des membres de chaque usine, il est certain que l’un des défis lié à mon poste est la standardisation des programmes de santé et sécurité à travers l’ensemble des usines. Tout d’abord, le fait de devoir développer des lignes directrices en anglais et en français peut augmenter la durée du processus. Par exemple, lors de l’élaboration d’un rapport d’accident, l’information doit être accessible rapidement dans les deux langues. Sinon, tout comme de nombreux programmes qui ciblent le changement d’habitudes ou de comportements, un autre de nos défis est le maintien de nos initiatives dans le temps. Malgré le développement d’un programme adapté aux besoins de l’ensemble des travailleurs et des formations spécialisées pour assurer leur déploiement, certaines initiatives s’essoufflent. Nous misons sur des suivis rigoureux et sur le leadership des directeurs d’usine pour augmenter l’engagement des salariés.

BRICEBERG : Peux-tu nous donner un exemple d’une intervention marquante que tu as eu à réaliser auprès des employés?
MATHIEU : Je suis fier de l’implantation des Safety Blue Spots sur tous les chariots élévateurs dans nos usines partout en Amérique du Nord. En résumé, ce sont l’ajout de lumières bleues sur les chariots élévateurs électriques qui permettent d’augmenter l’éclairage devant et derrière le charriot, ce qui fait qu’un piéton peut anticiper l’arrivée de ce dernier. Cette mesure permet de réduire significativement les risques d’accident dans un environnement où les sources de bruit sont importantes.

BRICEBERG : Tu sembles te déplacer souvent pour le travail. Qu’est-ce qui t’amène voyager dans le cadre de ton rôle?
MATHIEU : Que ce soit dans différentes villes du Québec ou à l’extérieur de la province, l’objectif de mes déplacements est avant tout d’être en contact avec les équipes sur le terrain et d’observer les opérations dans les usines. Cela me permet d’offrir mon support, de superviser les installations et les changements mis en place tout en évaluant les comportements humains pour m’assurer du respect des normes et des règlements associés à la prévention des accidents. Pour moi, le contact avec les gens est primordial pour garantir le succès des interventions. Par exemple, dans le cas d’un accident, je me fais un devoir d’être présent à titre de leader pour effectuer une veille et remonter le moral des travailleurs.

BRICEBERG : Qu’est-ce qui t’attire dans le milieu industriel ou manufacturier?
MATHIEU : Je dois avouer que ce n’est pas tant le milieu industriel en particulier qui m’intéresse mais plutôt  l’entreprise elle-même. J’aime la vision santé et sécurité de Lassonde, une vision qui côtoie mes valeurs personnelles. Cela se reflète dans les usines qui sont propres et sécuritaires mais également dans les produits offerts par la compagnie comme des jus santé, notamment ceux de la gamme OASIS. D’un point de vue sécurité, j’aime le milieu manufacturier car je peux, par le biais de mesures et de programmes mis en place par les équipes de travail, faire en sorte que chaque employé rentre à la maison auprès de sa famille avec ses 10 doigts et ses 10 orteils.

BRICEBERG : Quels sont, selon toi, les traits d’un bon kinésiologue qui travaille en usine?
MATHIEU : Je pense que les kinésiologues œuvrant dans le domaine de la santé et de la sécurité en usine doivent être en mesure d’adapter leur approche et leur intervention auprès de différents types de personne en provenance de milieux très variés. Plus concrètement, chaque professionnel doit se montrer flexible et adapter son niveau de langage ou son attitude pour favoriser l’adhésion des travailleurs à sa vision et à son message dans le but de réduire les risques d’accidents. En plus d’être ouvert et d’avoir de l’entregent, je pense que ça prend également une bonne dose de leadership afin d’influencer positivement le comportement des équipes de travail et de parler devant les gens tout en ayant de la crédibilité. Finalement, ce qui fait toute la différence, c’est que le kinésiologue croit en ce qu’il fait, qu’il croit en la santé et la sécurité pour tous.

BRICEBERG : Où puises-tu ton inspiration pour t’amener à évoluer dans ton travail?
MATHIEU : Au niveau santé et sécurité, nous bénéficions de rencontres inter-entreprises avec des entreprises qui vivent des défis similaires aux nôtres comme Bombardier ou IBM. Au cours de ces rencontres, il y a un partage d’informations sur les meilleures pratiques et sur les interventions qui ont du succès. D’un côté plus personnel, je vais puiser davantage mon inspiration auprès des employés et des personnes que je côtoie tous les jours. Ce sont ces personnes qui me donnent envie d’être meilleur et bien évidemment, mon défi ultime, c’est qu’il y ait zéro accident.

BRICEBERG : Quel est le rôle de chaque travailleur dans la prévention des accidents?
MATHIEU : De manière générale, l’employé n’a pas beaucoup d’obligations en santé et sécurité en comparaison avec son employeur. Par contre, il a une obligation légale d’identifier les risques reliés à son poste et si possible, de déceler et de soulever les problématiques. Lorsqu’un employé propose de nouvelles solutions ou des pistes d’amélioration, je suis satisfait parce que je viens de gagner une nouvelle personne qui s’engage pour sa santé et sa sécurité, mais aussi pour celles de l’entreprise.

BRICEBERG : Quels sont les objectifs de votre programme en 2016?
MATHIEU : L’un de nos objectifs principaux pour 2016 est de miser sur la réactualisation du programme de cadenassage1. En résumé, on s’assure que l’énergie des machines soit réduite à zéro avant de procéder à un travail sur une machine, de l’équipement ou un appareil (CNESST). Nous avons débuté la mise à jour de la politique, et devons revoir la procédure globale de cadenassage pour chaque équipement, développer et donner la formation aux employés, implanter les nouvelles méthodes de travail pour ensuite faire des suivis rigoureux sur leur mise en place. Bien entendu, nous devrons également nous assurer que le programme est maintenu dans le temps.  

1-« Le cadenassage est une méthode de contrôle des énergies visant l’installation d’un cadenas à cléage unique sur un dispositif d’isolement d’une source d’énergie ou sur un autre dispositif permettant de contrôler les énergies ». (CNESST)

Questions en rafale

BRICEBERG : Une des nombreuses mesures de sécurité obligatoire chez Lassonde?
MATHIEU : Une personne bien formée réduit grandement ses risques d’accident. L’une des nombreuses mesures de sécurité est le port de ses équipements de protection individuels lorsque l’on manipule des produits chimiques.

BRICEBERG : Quels sont les types d’accident les plus fréquents?
MATHIEU : Comme dans bien des milieux, les blessures au dos dues à la manutention de charge font partie des accidents les plus fréquents. Sinon, nous rencontrons des cas de coupures avec ciseaux ou couteaux, des accidents avec les produits chimiques ou avec la manipulation de certains équipements sans protection.

BRICEBERG : La prochaine tendance SST dans le domaine manufacturier?
MATHIEU : Responsabiliser tout le monde. Tous et chacun est imputable d’un milieu sain et sécuritaire. Ce n’est peut-être pas la nouvelle tendance, mais c’est certainement ce qui apporte du succès.

BRICEBERG : Une citation ou une chose que tu te rappelles lorsque tu rencontres des défis professionnels?
MATHIEU : Lorsque je rencontre un défi comme par exemple un nouvel accident dans une usine, mon premier réflexe est de partager l’information à toutes les autres usines. La chose que je me rappelle est donc l’importance du partage et du travail d’équipe.

BRICEBERG : Ton conseil pour les futurs kinésiologues qui entrent sur le marché du travail?
MATHIEU : Ne laissez pas les autres vous dire qu’il n’y a pas d’emploi en Kinésiologie. Il y a un potentiel de développement immense pour tous les kinésiologues dans différents domaines et milieux. Si vous avez la passion pour l’activité physique, que vous aimez ce que vous faites et que vous avez une petite fibre entrepreneuriale, rien ne peut vous arrêter.

Si vous souhaitez échanger sur les meilleures pratiques dans son domaine ou en savoir plus sur son rôle de leader en santé et sécurité, communiquez avec Mathieu.