Entrevue : Simon Bélanger

Stimulé par les défis qu’offrent les programmes de conditionnement physique des Forces Canadiennes, Simon évolue à la tête d’une équipe de 38 professionnels comme gestionnaire basé à la Garnison St-Jean. Apprenez-en d’avantage sur les programmes offerts et découvrez l’évaluation FORCE, une évaluation adaptée pour assurer l’universalité des services militaires canadiens.

BRICEBERG : Tu es gestionnaire des programmes d’éducation physique à la Garnison Saint-Jean pour les Forces Canadiennes (FC). En quoi consiste ton rôle?
SIMON : En tant que gestionnaire des programmes d’éducation physique depuis 2010, je supervise une équipe de 38 professionnels embauchés comme civils qui comprend des kinésiologues, des éducateurs physiques permanents ainsi que des stagiaires dans ces domaines. Je suis donc responsable de l’embauche du personnel, de l’achat d’équipements, de la gestion des programmes et activités ainsi que la promotion de nos services à notre unique client, les Forces Canadiennes. Bien entendu, je m’assure de répondre aux besoins des différentes unités de commandement, d’effectuer des suivis rigoureux sur la qualité des services offerts aux recrues et aux militaires et je gère l’organisation des évènements en lien avec l’activité et le conditionnement physique.

BRICEBERG : Quels sont les services de conditionnement physique et de sport militaire offerts aux membres des FC?
SIMON : Partout au Canada, les membres actifs et les ex-militaires des FC ainsi que leur famille qui ne bénéficient pas d’un programme aussi étoffé que celui offert à St-Jean ont accès à un portail web sur lequel ils peuvent tirer parti de ressources en ligne pour favoriser un bon conditionnement physique et créer leur propre programme d’entraînement. D’autre part, nos activités se regroupent généralement sous deux volets, le volet national et le volet local. Au Canada, nous organisons diverses activités telles que la journée nationale du sport visant des taux de participation élevés. De plus, il y a une offre très élargie de sports militaires qui regroupe des compétitions tant au régional qu’à l’international (CISM).

BRICEBERG : Et au niveau local à la Garnison St-Jean?
SIMON : À St-Jean-sur-Richelieu, nous avons, entres autres, l’accès à des installations, des services d’évaluation et d’entraînement ainsi que notre programme de conditionnement physique échelonné sur 12 semaines offert à toutes les nouvelles recrues. Les recrues doivent obligatoirement participer et passer par ce programme pour obtenir leur grade. À ce niveau, nous répondons également aux besoins uniques des différentes unités comme par exemple, un entraînement matinal de course demandé par le commandant d’une certaine unité et qui inclurait des séances d’échauffement et de course pour ses pelotons. Les services sont nombreux et tous gratuits pour l’ensemble des recrues et des militaires basés à la garnison St-Jean.

BRICEBERG : À quoi ressemble l’horaire d’entraînement d’un membre des FC à la Garnison St-Jean?
SIMON : Il y a entre deux et quatre pelotons de recrues qui entrent régulièrement à la Garnison St-Jean pour se faire former et ils doivent participer à notre programme de 27 classes échelonné sur 12 semaines qui comprend l’évaluation de la condition physique, des entraînements de course, de musculation, des circuits d’entraînement, de la piscine et plus encore. Nous organisons également le défi du guerrier, une compétition qui a pour objectif de stimuler les groupes à surmonter des défis physiques dans le but de remporter le fanion du commandant. Le défi compare la force, la puissance, l’endurance et l’agilité à travers différentes épreuves et encourage la participation active des recrues et des moniteurs.

BRICEBERG : Est-ce que tous les militaires doivent démontrer un certain niveau d’activité physique afin d’être opérationnel au sein des FC?
SIMON : Oui. Toutes les recrues et les membres permanents de 17 à 60 ans des FC doivent compléter une évaluation de leur condition physique annuellement, ce que nous appelons l’évaluation FORCE. Ce test nous permet d’évaluer si l’individu est apte à effectuer ses tâches opérationnelles selon son corps de métier. À titre d’exemple, nous avons des tests de soulèvement et de traction de sacs de sable et un test de course-navette avec charge. Nous évaluons également les composantes de la condition physique selon une charte et un système de points. Les personnes qui performent bien peuvent cumuler des points et accélérer leur promotion en tant que militaire ou accéder à un grade supérieur. L’objectif de ce mode de fonctionnement est d’augmenter la motivation mais aussi de favoriser le bon conditionnement physique tout au long de la carrière et ce, jusqu’à la retraite. Cela dit, les programmes et les évaluations sont adaptés selon les besoins des différentes unités et des individus qui les composent. Un plongeur et un membre du régiment d’opération spéciale n’ont pas les mêmes besoins.

BRICEBERG : Cela doit engendrer certains défis dans l’élaboration de votre offre de services?
SIMON : Évidemment. Tout d’abord, les tests physiques et les programmes sont les mêmes pour les hommes et les femmes afin d’assurer l’universalité du service militaire. Dans un peloton de recrues, les groupes sont mixtes et tout le monde s’entraîne en même temps. Par ailleurs, notre clientèle est très variée et les individus ne sont pas toujours préparés physiquement au niveau de condition physique nécessaire pour intégrer les FC. Un jeune de 18 ans n’a pas les mêmes capacités physiques qu’un homme de 56 ans. Les futurs militaires sont représentatifs de la population canadienne donc nous avons des actifs, des sédentaires, des individus avec des conditions médicales. Bien que les tests physiques sont les mêmes pour tous et représentent une condition d’embauche, nous pouvons adapter certains éléments comme la charge et jouer sur la progression. Au final, très peu de recrues ne se rendent pas jusqu’au bout du programme d’entraînement obligatoire et les abandons sont plus souvent liées à des départs volontaires, des échecs académiques ou des blessures.

BRICEBERG : Tu accueilles des stagiaires de l’Université de Sherbrooke. Quelles aptitudes recherches-tu chez ces futurs kinésiologues?
SIMON : Nous collaborons principalement avec l’Université de Sherbrooke pour recruter des stagiaires qui se joignent à notre équipe pour des périodes de 3 mois. Lors des entrevues, je recherche des candidats qui ont déjà commencé à bâtir leur expérience en enseignement de cours de groupe ou en supervision de plateau dans des centres de conditionnement physique. Je m’attends à ce qu’ils soient impliqués sur le plancher auprès des militaires, qu’ils soient confortables d’intervenir et de surmonter leur timidité. Une qualité que je valorise beaucoup tant pour les stagiaires que pour les membres permanents de mon équipe, c’est l’ouverture d’esprit. Chaque année, cette ouverture envers les gens et les nouvelles idées apportent beaucoup à l’évolution de nos programmes et favorisent un dialogue positif entre tous les intervenants. L’un des défis au niveau du recrutement des stagiaires est cependant de trouver des candidats qui sont à la fois certifiés CSEP et détenteurs d’un diplôme de sauveteur national et qui réussissent le test physique requis par les Forces Canadiennes.

BRICEBERG : Qu’est-ce qui te motive comme kinésiologue au sein des FC?
SIMON : Ça me motive de voir la progression de nos nombreux programmes au fil des années. Notre équipe est ouverte à essayer de nouvelles choses et nous tentons de nous réinventer constamment. Notre programme à St-Jean est reconnu au Canada pour nos services exceptionnels. Sinon, j’aime aussi être témoin du fait que certains membres de mon équipe aiment leur travail. En tant que gestionnaire, j’essaie de fournir tous les outils possibles pour que les membres de mon équipe s’impliquent et évoluent positivement. Par exemple, je les implique énormément dans le processus décisionnel et les changements à venir.

BRICEBERG : Aurais-tu une réussite à partager qui nous permettrait de mieux comprendre ta réalité au travail?
SIMON : Il y a plusieurs réalisations fantastiques qui ont été accomplies par notre équipe. Pour la nouvelle évaluation FORCE, nous avons été impliqué dans la collecte de données, l’analyse de plus de 400 tâches militaires, durant les essais jusqu’à la mise en place du programme. Cette réussite est très motivante pour l’équipe qui a contribué au projet.  Une autre belle initiative est la mise sur pied du programme de réhabilitation à l’entraînement (PRE) qui s’opère en collaboration avec les physiothérapeutes et les médecins des FC. Toutes les personnes qui se blessent ou qui échouent leurs tests physiques ont accès à ce PRE. En résumé, les personnes ont 90 jours pour réussir leurs tests physiques suite à un échec et le PRE fournit de l’aide concrète pour réintégrer le peloton. Je suis fier de l’évolution de ces programmes, surtout d’un point de vue Kinésiologie, où les tendances d’entraînement et de performance changent constamment.

Questions en rafale

BRICEBERG : Un conseil pour une recrue?
SIMON : Se préparer physiquement avant d’arriver. Plusieurs informations sont fournies par les FC sur le niveau de condition physique requis et de l’aide est disponible sur la préparation nécessaire pour y parvenir. En général, les gens performent moins bien dans deux des cinq composantes évaluées: l’endurance musculaire et la capacité cardiovasculaire.

BRICEBERG : Où te vois-tu dans 10 ans?
SIMON : En tant que kinésiologue, je me vois n’importe où, là où je continuerai de rencontrer des défis stimulants.

BRICEBERG : Ton truc pour continuer de faire évoluer ta pratique?
SIMON : La formation continue et la curiosité. Il faut tout simplement ne pas avoir peur de se remettre en question et être ouvert aux nouvelles idées. Il y a beaucoup de bons formateurs et de bonnes formations, l’important est de se tenir au goût du jour.

BRICEBERG : Tu as quatre enfants. Comment maintiens-tu la forme?
SIMON: Je crois qu’il faut s’obliger car personne ne le fera pour toi. J’ai la chance de pouvoir m’entraîner au travail mais en dehors du boulot, on essaie de se trouver du temps ma conjointe et moi pour faire de l’activité physique ensemble. J’essaie d’inculquer un mode de vie actif dans ma famille par le jeu, les déplacements actifs et les petits voyages de vélo.

Pour rejoindre Simon, écrivez-lui par courriel à simon.belanger@forces.gc.caPour en connaître davantage sur les Forces Canadiennes, visitez leur site web.