Entrevue : Sylvie Bernier

Sylvie Bernier, une femme avant tout passionnée et engagée dans tout ce qu’elle entreprend, agit à titre d’ambassadrice pour Québec en forme afin de faire de la promotion des saines habitudes de vie une priorité pour tous. Membre de l’Ordre du Québec et du Canada, elle nous sensibilise à l’influence que chaque personne peut jouer pour initier des changements positifs dans une perspective de santé durable.

BRICEBERG : Sylvie, tu es ambassadrice de Québec en forme depuis 2011. En quoi consiste ton rôle en quelques mots?
SYLVIE : Mon rôle consiste à vulgariser, à influencer les décideurs et les élus afin de soutenir les intervenants dans la promotion des saines habitudes de vie chez les jeunes sur les plans environnemental et sociétal. Mon objectif, tout comme celui des acteurs clé et des groupes avec lesquels je collabore, est d’aider les gens, et principalement les jeunes, à être actifs, à adopter une saine alimentation et par conséquent, contribuer à leur plein développement.

BRICEBERG : Quels sont les principaux défis que tu rencontres dans ce rôle?
SYLVIE : Sensibiliser les décideurs sur les rôles qu’ils ont à jouer est une chose mais il faut aller plus loin afin de leur démontrer qu’il y a urgence d’agir sur la prévention et la santé au Québec. En les incitant à prioriser leurs actions et en les sensibilisant sur ce pouvoir d’agir, il faut aussi leur démontrer les impacts économiques d’une société en santé. Un autre défi est de mobiliser tous les acteurs car la promotion des saines habitudes de vie n’est pas uniquement l’affaire du Ministère de la santé. C’est une collaboration étroite entre tous les ministères, de nombreux organismes, des associations et des entreprises. Par exemple, l’urbanisme a un impact majeur sur l’accès aux installations favorisant la pratique d’activité physique pour les gens défavorisés. C’est entre autres pour travailler en équipe et pour réfléchir sur ce qui peut être fait que la Table sur le mode de vie physiquement actif (tmvpa) a été mise sur pied. Avec sa force de cohésion, tous les membres de la tmvpa ont désormais une même vision, celle « de faire du Québec un modèle en matière de promotion de l’activité physique et de création d’environnements favorables à l’adoption et au maintien d’un mode de vie physiquement actif ». On est bien au-delà du message « bouge plus, mange mieux! » car il faut que les changements mis en place et les stratégies déployées durent et défient le temps.

BRICEBERG : Peux-tu nommer une initiative de promotion de l’activité physique qui a été réalisée depuis que tu occupes le poste d’ambassadrice et qui t’inspire particulièrement? 
SYLVIE : Bien que mon focus premier soit plutôt de sensibiliser les élus concernant leur pouvoir d’agir et d’influencer les intervenants pour inciter des changements sur les environnements en modifiant les milieux dans lesquels on vit, il existe plusieurs belles initiatives qui sont réalisées pour promouvoir l’activité physique chez les jeunes au Québec. L’équipe de Fillactive a réalisé un travail exceptionnel en développant des programmes de course à pied pour sensibiliser et raccrocher les filles entre 12 et 17 ans à l’activité physique. À ce jour, ils ont sensibilisés 110 000 adolescentes et ralliés des centaines d’ambassadrices et de bénévoles à la cause. Le programme WIXX MAG, qui s’adresse aux parents et aux intervenants, cerne brillamment le problème de la sédentarité des jeunes et propose des solutions et des idées pour faire bouger les jeunes de 9 à13 ans. L’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) ont mis en place une initiative prometteuse, le projet Petite enfance, grande forme, qui vise à revoir l’environnement des services de garde éducatifs afin de les rendre favorables à la saine alimentation, au jeu actif et au développement moteur de l’enfant de 0 à 5 ans. Finalement, un autre projet qui me touche beaucoup est le programme Nager pour survivre mis en place par la Société de sauvetage qui a pour but d’initier les jeunes à la baignade et leur donner les habiletés aquatiques nécessaires pour prévenir la noyade.  En plus de l’apprentissage de la nage, on apprend aux jeunes à profiter des piscines publiques et on leur fait découvrir le plaisir de la baignade.

BRICEBERG : Tu mentionnes que la promotion des saines habitudes de vie est ton cheval de bataille. Selon toi, quelles aptitudes t’ont permis de réussir en tant que championne olympique, ambassadrice, porte-parole et conférencière?
SYLVIE : À la base, j’estime que ce n’est pas tant mes aptitudes que mon histoire qui a réellement fait la différence. À l’âge de 7 ans, j’ai été diagnostiquée asthmatique sévère et mon pneumologue a recommandé que je pratique de l’activité physique. Puisque le sport a eu un impact extrêmement positif sur ma santé et que j’ai eu la chance d’en retirer des bénéfices très jeune comme athlète de plongeon, la valeur de la santé a été omniprésente dans ma vie. En 2008, après les Jeux Olympiques de Pékin, j’ai décidé d’unir ma voix pour la promotion de la santé et la prévention des maladies reliées au poids. J’estime aujourd’hui que c’est le juste retour des choses que je m’implique pour faire la différence. Cela étant dit, mon intérêt pour la santé a toujours été présent, de mon passé d’athlète à mes chroniques à Salut Bonjour! J’ai également complété une maîtrise en gestion internationale de la santé. J’ai toujours eu une passion pour la santé et quand on a une passion pour quelque chose, on ne compte plus les heures et on est dévoué à faire vivre cette passion.

BRICEBERG : Les kinésiologues sont des acteurs de première ligne afin d’aider des organismes comme Québec en forme pour réaliser leurs objectifs. Que conseillerais-tu à un kinésiologue qui aimerait s’impliquer et, comme toi, faire la différence?
SYLVIE : Je crois sincèrement que ça commence par les gens autour de nous et dans notre quotidien. Il faut devenir un agent de changement et un multiplicateur de messages positifs. Le kinésiologue, tout comme chacun d’entre nous, doit utiliser son pouvoir d’agir comme parent, professionnel, citoyen. Par exemple, si notre enfant va à la garderie, on peut questionner le temps qui est accordé à l’exercice ou la pratique d’activité physique quotidienne comme jouer dehors. On peut retrouver toute une communauté d’intervenants incluant les kinésiologues qui s’impliquent pour promouvoir un mode de vie sain et actif auprès des jeunes au sein de la communauté PEP (Plaisir, Engagement, Passion). J’invite les kinésiologues à partager leurs connaissances et à échanger sur leur pratique en devenant membre du PEP.

BRICEBERG : Le kinésiologue cherche à faire sa place comme professionnel de la santé au sein de tous les milieux. Tu as de nombreuses années d’expérience dans les médias. Comment le kinésiologue pourrait-il se faire connaître des Québécois?
SYLVIE : Le kinésiologue est un ambassadeur qui doit savoir influencer bien au-delà de sa responsabilité qui découle de ses obligations professionnelles. Dans une approche plus globale, ce n’est pas uniquement ses actions comme professionnel qui comptent mais c’est aussi dans tous les gestes de son quotidien qu’il devient porteur d’un discours plus grand que lui, celui de l’importance de l’activité physique. Il faut que les kinésiologues soient des semeurs de messages positifs sur l’activité physique et des messagers inspirants au niveau individuel, communautaire et même politique. Donc, ils doivent être engagés et s’impliquer. Par exemple, chaque kinésiologue pourrait envisager de s’impliquer personnellement pour la Journée nationale de l’activité physique pour porter un message, être visible et s’associer à des causes ou organismes qui font la différence.

BRICEBERG : Les Jeux Olympiques de Rio approchent. Tu as toi-même vécu 11 Jeux Olympiques en occupant différents rôles. Quel est le parallèle à faire entre cet évènement d’envergure mondial qui parait parfois inaccessible et être actif au quotidien?
SYLVIE : Tout d’abord, les athlètes d’élite qui participent aux Jeux Olympiques sont une source d’inspiration pour notre jeunesse. On le voit notamment par l’augmentation importante des inscriptions dans les clubs de sports suite aux Jeux Olympiques. Par ailleurs, une fois que le jeune s’inscrit et est inspiré, la qualité de l’intervention réalisée par les intervenants sur le terrain est primordiale. Par exemple, l’intervenant doit savoir encadrer l’enfant dans une approche sécuritaire pour que l’activité se réalise dans le plaisir. Ce dernier doit aussi adapter l’activité aux besoins de chaque enfant et s’assurer que ceux-ci rencontrent des défis stimulants bien dosés pour prévenir la perte d’intérêt ou le décrochage. En résumé, les athlètes et les évènements comme les Jeux Olympiques sont de grandes inspirations mais une fois que le jeune arrive sur le plateau de sport, ce sont les intervenants comme le kinésiologue qui ont le rôle de faire vivre des émotions constructives et de susciter le plaisir de bouger. Pour en savoir plus sur ce qu’est une intervention de qualité, la Table sur le mode de vie physiquement actif (tmvpa) a développé le feuillet Susciter la passion pour l’activité physique afin d’accompagner les intervenants en activité physique dans leurs interventions.

BRICEBERG : En terminant, quel est ton meilleur endroit pour être active et quels sont tes sports de prédilection?
SYLVIE :
À l’extérieur. J’utilise beaucoup le transport actif comme le BIXI, la marche, l’autobus ou le train. Puisque j’aime être dehors, je suis le rythme des saisons pour demeurer active. Que ce soit la bicyclette ou la course à pied au printemps, la natation en été, ça bouge d’une saison à l’autre. Je pratique cependant le yoga en continu toute l’année. 

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